Que faire face à une situation préoccupante en unité de soins longue durée ?

07/11/2025

Comprendre le rôle et les missions des unités de soins longue durée

Les USLD accueillent des personnes âgées dont l’état de santé nécessite une prise en charge médicale et paramédicale continue. Selon la DREES, près de 35 000 personnes résident dans ces structures en France (source : DREES, 2022). Ces unités font partie de l’hôpital et sont soumises à un cadre réglementaire exigeant, notamment en matière de respect des droits et de sécurité des résidents.

  • Sécurité et qualité des soins : Les USLD doivent garantir l’intégrité physique et morale des personnes accueillies.
  • Écoute et accompagnement : Les établissements sont tenus de prendre en compte la parole des résidents et de leurs proches.
  • Médiation : En cas de difficulté, la loi prévoit des dispositifs de médiation ou de recours internes et externes.

Néanmoins, malgré le professionnalisme de la majorité des équipes, des difficultés peuvent survenir : malaises, suspicion de mauvais traitement ou impression de négligence, non-respect du projet de soins, etc. Il n’existe pas de situation « type », mais il y a toujours une possibilité d’agir.

Savoir identifier et qualifier la situation

Avant d’entamer une démarche, il est primordial de qualifier précisément le problème rencontré. Cela permet d’adapter la réponse et d’orienter son signalement vers le bon interlocuteur.

  • Un danger immédiat (mauvais traitements, violences physiques ou psychologiques, mise en danger) : Il s’agit ici d’une urgence, à signaler sans délai.
  • Une négligence ou des dysfonctionnements (hygiène, soins, alimentation, communication insuffisante) : Ces situations nécessitent souvent de recueillir des faits concrets, pour documenter le signalement.
  • Un différend ou un désaccord sur le projet de soins : Ce type de problème appelle souvent à une médiation interne avant tout recours externe.

Quelques chiffres sur les signalements

Selon la Haute Autorité de Santé (HAS), plus de 2 500 signalements ont été déposés en 2021 dans le secteur médico-social (EHPAD et USLD inclus), dont près de 60 % portaient sur la qualité de la prise en charge ou le respect de la dignité. La proportion d’alertes relatives à la maltraitance reste stable mais nécessite une vigilance de tous les instants (source : HAS, rapport 2022).

Premiers réflexes à adopter face à une situation préoccupante

  • Prendre le temps de formaliser ses observations : Noter les faits précis, les dates, les circonstances, et si possible recueillir des témoignages ou constats.
  • Vérifier si d’autres personnes (proches, soignants, bénévoles) partagent ce ressenti : Un échange peut parfois permettre de lever un doute ou au contraire de confirmer une inquiétude légitime.
  • Conserver tout élément matériel (courriers, photographies, messages) pouvant illustrer le problème constaté.

Face à l’émotion, il est parfois difficile de poser un regard factuel. Ne pas hésiter à demander conseil à un proche, une association d’aidants ou un représentant d’usagers pour rédiger un signalement argumenté.

À qui signaler ? Identifier le bon interlocuteur

La structure hiérarchique des USLD facilite la lecture des recours existants. En cas de doute, il vaut mieux commencer par l’échelon le plus proche du terrain, sauf urgence manifeste.

  1. L’équipe de proximité : L’infirmier coordinateur, le médecin référent ou le cadre de santé peuvent écouter une première alerte. Parfois, une explication ou un ajustement suffit à résoudre le problème.
  2. La direction de l’USLD ou de l’établissement hospitalier de rattachement : Elle doit être sollicitée formellement si la situation perdure ou s’aggrave. Un courrier recommandé avec accusé de réception est recommandé pour toute démarche formelle.
  3. Le Conseil de la Vie Sociale (CVS) : Instance composée de représentants des résidents, familles, personnel et direction. Son rôle : examiner et relayer les difficultés collectives. Il peut accompagner vos démarches.
  4. Le Médiateur de l’établissement : Sa mission : faciliter le dialogue et rechercher une solution amiable.

En 2023, selon France Assos Santé, plus de 8 000 usagers ont sollicité un aide ou une médiation dans des établissements de santé ou médico-sociaux. Les interlocuteurs privilégiés restent, dans 70 % des cas, les cadres de service et la direction.

Les démarches officielles : méthodes et conseils

Il est d’autant plus important de documenter et formaliser votre signalement que celui-ci, même s’il est informel au début, peut déboucher sur des suites administratives ou juridiques.

  • Mise par écrit : L’écrit est la meilleure garantie. Soyez précis, factuel, sans jugement ni interprétation hâtive.
  • Courrier recommandé (avec AR) : Cela apporte la preuve que l’alerte a été transmise. N’oubliez pas de conserver une copie.
  • Demande explicite de réponse : Précisez vos attentes en termes de délai et de mesures attendues, pour éviter toute ambiguïté.
  • Tracez les échanges : Si vous contactez un médiateur ou une association, notez leurs coordonnées et la date des contacts.

La majorité des problèmes s’améliorent à ce stade (source : rapport IGAS 2021), surtout si le dialogue reste ouvert et respectueux. Il n’y a aucune sanction possible envers l’usager ou le résident pour avoir exercé son droit d’alerte.

En situation d’urgence : réagir vite et fort

  • Appeler le 3977 (plateforme nationale contre la maltraitance des personnes âgées et handicapées), joignable 7j/7 (www.3977.fr).
  • Contacter le procureur de la République ou la police/gendarmerie en cas de danger immédiat ou de suspicion de violence.
  • Informer l’Agence Régionale de Santé (ARS) via son formulaire en ligne ou par courrier. L’ARS peut diligenter une enquête ou solliciter une inspection (toutes les coordonnées sont disponibles sur le site : https://solidarites-sante.gouv.fr).
  • Solliciter le défenseur des droits (www.defenseurdesdroits.fr) dans toutes les situations touchant aux droits fondamentaux (discrimination, accès aux soins, etc.).

Médiation, association et soutien : des relais précieux

Il n’est pas rare de se sentir isolé ou découragé face à des démarches administratives. Plusieurs structures de médiation ou d’assistance existent pour orienter, accompagner, voire agir à votre place :

  • France Assos Santé : propose information, aide juridique et médiation. Elle fédère plusieurs associations (AFM, France Alzheimer, APF France handicap, etc.).
  • Les associations d’aidants familiaux (ex : France Alzheimer, Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques [UNAFAM]) : soutien moral et conseils pratiques.
  • Médiateurs des établissements, dont la liste est disponible sur le site de la FHF (Fédération Hospitalière de France).

Selon une enquête menée en 2021 par la Fondation Médéric Alzheimer, 82 % des personnes ayant eu recours à une association considèrent avoir eu un accompagnement de qualité pour clarifier ou résoudre le problème rencontré, qu’il s’agisse d’une situation de maltraitance ou d’un simple dysfonctionnement.

Précisions sur la protection juridique des lanceurs d’alerte

Toute personne – proche, membre du personnel, résident – peut signaler une situation préoccupante sans craindre de représailles (source : Loi n° 2016-1691 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique). Le strict respect de la confidentialité et de la non-discrimination à l’encontre de l’auteur du signalement est garanti. Il existe des dispositifs spécialisés :

  • Ligne d’écoute spécialisée de l’INPV (Institut National de Prévention de la Maltraitance des Personnes Vulnérables)
  • Services de médiation indépendants, si la structure est concernée ou si un conflit d’intérêts est possible

Quand agir individuellement et quand privilégier la démarche collective ?

Certains problèmes sont isolés, d’autres relèvent d’une défaillance globale du service. La démarche collective, via le Conseil de la Vie Sociale ou les associations locales, permet de porter des situations récurrentes à la connaissance du gestionnaire, de l’ARS ou, en dernier recours, des autorités de tutelle.

  • Difficultés d’alimentation, hygiène persistantes : documentez les cas similaires et contactez le CVS et une association nationale.
  • Droits non respectés pour plusieurs résidents (visites, liberté de circulation, accès aux soins extérieurs) : rapprochez-vous du Défenseur des droits ou sollicitez une action collective auprès de l’ARS.

Questions fréquentes et points de repère

  • Combien de temps attendre une réponse après un signalement ? La loi impose une réponse sous un mois, mais il est souhaitable de relancer passé 15 jours sans nouvelles.
  • Un signalement peut-il nuire au résident ? Non : toute mesure discriminatoire est illicite et peut faire l’objet d’une plainte.
  • Puis-je signaler anonymement ? Oui, mais il est préférable de partager un minimum d’informations pour faciliter le traitement de la situation.

Vers une culture de la vigilance partagée

Même s’il s’agit d’un geste difficile, signaler un problème en unité de soins longue durée contribue à améliorer la sécurité et la qualité de vie de tous. La plupart des intervenants rencontrés sur le terrain sont réceptifs, et les dispositifs de médiation ou d’alerte sont nombreux et efficaces. Les chiffres témoignent d’une vigilance collective accrue, mais signaler reste encore trop rare : moins de 10 % des familles disant avoir constaté un problème font réellement la démarche, selon la Fondation Médéric Alzheimer.

Agir n’est pas une accusation, mais un engagement pour le bien-être de nos aînés et pour l’exigence de qualité que nous leur devons tous.

Pour toute question ou pour plus d’informations, pensez à consulter la rubrique dédiée sur solidarites-sante.gouv.fr ou à vous rapprocher d’un relais d’accompagnement local.

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